samedi 29 décembre 2012

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Psychologie de l'art

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Autoportrait à l'oreille bandée, 1889, Vincent van Gogh.
La psychologie de l'art vise à l'étude des états de conscience et phénomènes inconscients à l’œuvre dans la création artistique ou la réception de l’œuvre.

Sommaire

Histoire

L'analyse de la création artistique reprend l'idée d'une primauté de l'artiste lui-même dans l'interprétation de l'art ; idée développée depuis la Renaissance et le romantisme, et déjà reprises dans les approches biographiques de certains historiens de l’art du XIXe (Cf. Kunstwissenschaft).

À partir de 1905, avec l’ébauche par Freud de la théorie des pulsions, l’art devient un objet de psychoanalyse. Cette démarche ne vise pas à l'évaluation de la valeur de l'œuvre, mais à l’explication des processus psychiques intrinsèques à son élaboration.
« Trouver le rapport entre les impressions de l’enfance et la destinée de l’artiste d’un côté et ses œuvres comme réactions à ces stimulations d’autre part, appartient à l’objet le plus attirant de l’examen analytique » — Freud1
Cette analyse se base notamment sur le concept de sublimation ; la création artistique est considérée comme la transposition d’une pulsion (désir) : la tentative pour l’artiste de surmonter son insatisfaction par la création d'un objet socialement valorisé, susceptible de satisfaire son désir. De même, par cette approche, l’art est envisagé comme symptôme : il devient alors l'outil possible d’un diagnostic clinique ou d’une thérapie (art-thérapie).
L'analyse de la réception prolonge la théorie de la Gestalt, psychologie de la forme (XXe). Cette analyse de l'art s’attache à déterminer les processus psychologiques de la réception des œuvres par le spectateur. Cette réception n’est plus alors considérée comme simple perception et découverte (du savoir de l’artiste), mais comme la reconnaissance d’un savoir propre au spectateur, à sa propre culture et son milieu social (Gombrich, Arnheim).

Bibliographie

  • Élie Faure, Histoire de l'art, V : L'Esprit des Formes, Paris, c. 1926 (nombr. rééd.).
  • Ernst Gombrich, L'Art et l'illusion (Psychologie de la représentation picturale) [Art and Illusion (1960)], G. Durand (trad.), Paris, Gallimard, 1971.
  • André Malraux, Les Voix du Silence, Paris, Gallimard, 1953 ; La Tête d'Obsidienne, Paris, Gallimard, 1974.
  • René Huyghe, Dialogue avec le visible, Paris, Flammarion, 1955 ; Les puissances de l'Image, Paris, Flammarion, 1965 ; De l'art à la philosophie, Paris, Flammarion, 1990.
Psycho :
  • Sigmund Freud, Un souvenir d'enfance de Léonard de Vinci, 1927? + (Moïse de Michel-Ange)
  • Jacques Lacan, Le stade du miroir comme formateur de la fonction « Je », 1966.
  • Ernst Kris, Psychanalyse de l'art, ?
Études :

Notes et références

  1. Freud, « Das Interesse an der Psychoanalyse » dans Gesammelte Werke, cité dans L’enfance de l’art, trad .Kofman, 1970, t.8, p. 417

Voir aussi



La psychanalyse partage avec l'art l'ambition de transformer la jouissance. L'art en fait chiffre, signe, image ou sculpture ; la psychanalyse déchiffre la jouissance et doit pour cela passer par l'inconscient pour interpréter et traiter le symptôme.

Dans la névrose, la jouissance est vécue comme un excès qui cause l'angoisse. Le sujet lui donne alors une connotation négative, il craint que la castration ne réponde à son jouir. L'art nous offre, par contre un champ où cet excès et cette négativité paraissent apprivoisés. Ainsi Lacan affirme-t-il du peintre : « il donne quelque chose en pâture à l'oeil, mais il invite celui auquel le tableau est présenté à déposer là son regard, comme on dépose les armes [1] ».
Mais il arrive aussi que l'art exacerbe l'angoisse, qu'il refuse de servir la pacification et nous renvoie à la souffrance, à la terreur, à la vie menacée. Pourtant, même dans ce cas, il ne procède pas sans réflexion. S'il évoque l'insoutenable il le donne aussi à penser.
« Le psychanalyste n'éprouve que rarement l'impulsion de se livrer à des investigations esthétiques », affirme Freud au début de L'inquiétante étrangeté (1919). Il ne pouvait pourtant pas s'abstenir de faire des recherches sur l'art. Pourquoi ? Il répond à cette question dans son article « Le Moïse de Michel-Ange » (1914), en déclarant qu'il voulait saisir pourquoi des oeuvres poétiques ou les arts plastiques, plus rarement la peinture, exerçaient sur lui un « fort effet ». Il croyait donc pouvoir produire un savoir sur la jouissance que lui procuraient ces oeuvres d'art.

La psychanalyse n'a pas seulement affaire aux pulsions et aux affects refoulés, elle est aussi concernée par la sensibilité. Ainsi Freud ne limite pas l'esthétique à la « théorie du beau » mais la définit aussi comme « la théorie des qualités de notre sensibilité [2] ».
Lacan ne dit pas autre chose quand il enseigne à ses élèves que l'esthétique « c'est ce que vous sentez », en précisant qu'elle n'est pas transcendantale [3]. Il la réfère plutôt au corps, mais pas à n'importe lequel. Appartenant à la dimension de l'Imaginaire, ce corps est aussi lié au Symbolique et au Réel [4]. Des historiens d'art, tels que Daniel Arasse ou Hubert Damisch mais aussi un philosophe comme Slavoj Zizek se sont inspirés de cette idée d'une esthétique qui ne refoule pas le corps.

Or, ni dans la psychanalyse ni dans l'art, le corps ne saurait être abordé de manière naïve. Décerné par le langage comme un lieu où se produit le sens, c'est un corps complexe : morcelé, désirant, sexué, ce corps est devenu depuis longtemps un objet de la science. Celle-ci met sa singularité en question quand elle le branche sur le monde virtuel.
La psychanalyse ne s'applique pas à l'art mais au symptôme clinique qui est l'expression d'une satisfaction sauvage et douloureuse de la pulsion. Dans l'art se créent des oeuvres qui sont, elles aussi, des symptômes puisqu'il faut les déchiffrer. Mais ces symptômes éveillent nos désirs en proposant des langages et images nouveaux à notre sensibilité. Ils nous donnent ainsi des aperçus sur les régions les plus opaques de notre propre jouissance.

Influence de la psychanalyse

Sommaire

Historique

Si la psychanalyse est une thérapie proposée aux hystériques à la fin du XIXe siècle, son influence s'étend très vite : d'abord aux autres névroses, puis après 1900, les travaux de Freud à partir de L'interprétation des rêves présentent une nouvelle conception de la personnalité et de l'hominisation.[évasif]
Dès 1910 des psychanalystes s'intéressent aux enfants; la pédagogie, la pédiatrie seront influencées.
Les différentes écoles psychanalytiques traitent de la religion, des œuvres d'art; toute la culture se voit donc concernée.
La psychanalyse est actuellement « marginale » sauf en France et en Argentine1.

Psychanalyse et psychologie

Le concept d'inconscient n'a pas la même définition dans toutes les branches de la psychologie.
La psychologie cognitive lui préfère la notion d'explicite (volontaire, connu du sujet) et d'implicite (involontaire). L'implicite est apparenté à un processus psychique de bas niveau, ne mettant pas en cause le sens. Les modèles de la neuropsychologie s'appuient sur cette notion d'implicite et de niveaux de traitement de l'information.

Psychanalyse et psychopathologie

La psychanalyse énonce sa propre psychopathologie, étude des maladies mentales, dont la distinction majeure demeure sans doute l'opposition entre névrose et psychose.
Mais le psychanalyste s'intéresse peu, ou pas, au diagnostic. Le symptôme lui-même n'est pas inintéressant et se voit considéré comme volontaire, désiré, bien qu'inconscient : c'est le bénéfice primaire. Supprimer le symptôme n'est pas l'essentiel, encore moins l'est-il de poser un diagnostic. La particularité de la psychopathologie psychanalytique réside dans l'écoute du patient, ce qui s'avère dès les premières hypothèses à propos de l'hystérie.
Une autre manière de dire l'influence de la psychanalyse sur la psychopathologie est l'aspect dynamique du conflit - toute la psychopathologie psychanalytique envisage en effet les phénomènes psychiques non pas comme seulement observables, irréductibles, mais comme représentant des manifestations de motions pulsionnelles : la psychopathologie met toujours un évidence un conflit, soit interne (ce qui en reste le principal modèle), soit avec la réalité.

Psychanalyse et psychothérapie

La psychanalyse évolue en reprenant des éléments d'autres psychothérapies, comme l'hypnose. La psychiatrie dynamique désigne toutes les psychothérapies se basant sur une relation dynamique entre thérapeute et patient, que la psychanalyse amène à réenvisager sous l'angle transférentiel.
Les psychanalystes eux-mêmes pratiquent différentes méthodes basées sur différentes psychanalyses, tant au sein d'institutions qu'en libéral.
  • L'hypnose fut utilisée par Freud puis abandonnée. Certains psychanalystes la pratiquent encore, mêlant travail d'interprétation et suggestion.

Psychanalyse et pédagogie

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Sigmund Freud considérait l'enseignement de la psychanalyse comme indispensable pour les éducateurs. La psychanalyse considère l'éducation comme une répression pulsionnelle. L'enfant doit acquérir le principe de réalité et devenir capable d'ajourner la satisfaction de désirs, voire de renoncer à certains modes de satisfaction. L'enfant le fait par amour, avant tout pour ses parents, et la pédagogie doit respecter ce principe.

Psychanalyse et médecine

La conception psychanalytique de l'hystérie fait dire à Freud que la psychanalyse naît d'un échec de la médecine devant des troubles fonctionnels, non lésionnels et non dégénératifs.
Alors que la vision de Groddeck, à savoir que toute maladie est due à un trouble psychique, ne fait pas l'unanimité parmi les psychanalystes, plus tard, la notion de psychosomatique prendra de l'importance avec par exemple Pierre Marty, Michel Fain, Michel de M'Uzan.
Michael Balint mettra en place des Groupes Balint en Angleterre, groupe d'échanges et réflexion entre psychanalystes et médecins sur leurs pratiques respectives à partir d'études de cas.
Jacques Lacan considère la psychanalyse comme essentielle pour les médecins, qui pour lui sont cibles d'un transfert qui ne se dit pas.

Psychanalyse et art

Psychanalyse et surréalisme

Le milieu artistique fut l'un des premiers à être réceptif aux théories de la psychanalyse. La contrainte d'associations libres de la cure psychanalytique se voit ainsi reflétée dans la pratique de l'écriture automatique chère à L. Breton. Cela inspirera le mouvement littéraire de créations romanesques et d'ateliers d'écriture à base de contraintes connu sous le nom d'"Oulipo". Mais c'est surtout en matière picturale (S. Dali, R. Magritte, M. Ernst, etc.) que s'observeront davantage les rapports entre le courant surréaliste et la psychanalyse, tous deux dédiés à l'expression la plus libre possible de l'inconscient. Le surréalisme s'inscrit d'abord dans une création esthétique, même iconoclaste, tandis que la psychanalyse est surtout vouée à la connaissance du fonctionnement psychique individuel, avec d'éventuels effets thérapeutiques. Les rencontres de S. Freud avec A. Breton et avec S. Dali témoigneront de malentendus réciproques relatifs à ces objectifs différents.
Voir Oulipo

Psychanalyse et interprétation artistique

Freud a écrit Un souvenir d'enfance de Léonard de Vinci en 1910, puis Le Moïse de Michel-Ange2 en 1914. Il note dans sa correspondance qu'il considère son premier essai à moitié comme une fiction romanesque3. De même Lacan rappelait que Freud a toujours marqué avec un infini respect qu'il entendait ne pas trancher de ce qui, de la création artistique, faisait la véritable valeur4.
Freud considère le refoulement ou la sublimation, satisfaction pulsionnelle détournée, comme des concepts fondamentaux de la psychanalyse. La sublimation serait dans ce cas l'effort de l'artiste pour engendrer une satisfaction ne passant pas par l'acte, sinon celui de créer. Cette approche tenterait donc de réduire la qualité d'une œuvre d'art à son contenu latent, sa signification inconsciente. Mais la notion de sublimation et plus généralement la théorie freudienne en art reste très discutée par les spécialistes (cf. Melanie Klein, Deleuze et Guattari, René Girard, Jean-François Lyotard) ainsi qu'en esthétique, en histoire de l'art5 et dans les cultural studies, et encore actuellement par les Lacaniens6. Sándor Ferenczi est l'un des premiers psychanalystes à s'intéresser à la critique d'art.

Psychanalyse et anthropologie

Psychanalyse et philosophie

La psychanalyse s'inspire entre autres sur des concepts philosophiques. Freud, bien que méfiant vis-à-vis des "systèmes" philosophiques, s'inspira par exemple de Friedrich Nietzsche, de Schopenhauer, de Franz Brentano7. Hegel et Soren Kierkegaard inspirèrent Jacques Lacan.[réf. nécessaire]
La psychanalyse inspire certains philosophes comme:
  • Jean-Paul Sartre (Réflexion sur la question juive) qui propose une psychanalyse existentielle rompant ainsi avec l'anhistoricité du freudisme.
  • Gilles Deleuze rompt lui aussi avec l'anhistoricité du freudisme et lie les névroses au système capitaliste introduisant du social dans la psychanalyse.

Psychanalyse et religion

Dès ses origines, la psychanalyse a marqué un vif intérêt pour la religion. L'approche critique de Freud (La religion comme illusion ; Dieu n'est pas autre chose qu'un père imaginairement agrandi) reste très influente. Cela dit, Freud affirme la neutralité de principe de la psychanalyse à l'égard de la foi. Son athéisme n'était pas fondé sur la psychanalyse, mais il estimait que la psychanalyse ajoutait de nouveaux arguments à ceux déjà avancés par des philosophes comme Nietzsche ou Feuerbach.
La pensée de Jacques Lacan est moins critique à l'égard de la religion, et a inspiré de nombreux auteurs chrétiens (Louis Beirnaert, Françoise Dolto, Denis Vasse, Antoine Vergote, Thierry De Saussure8 etc.)

Bibliographie

Psychanalyse et art :
  • B. Alecksic, "Freud et les surréalistes, ces fous intégraux", in "Topique", Paris, L'Esprit du Temps/PUF, 2011, n°115, pp. 93-111.
  • Jeanine Chasseguet-Smirgel, Pour une psychanalyse de l'art et de la créativité, Paris, Payot, coll. PBP, 1971.
  • René Held, L'œil du psychanalyste, Paris, Payot, 1973.
  • Sarah Kofman, L'enfance de l'art, Paris, Payot, 1970.
  • Jean-Tristan Richard, Les structures inconscientes du signe pictural : psychanalyse et surréalisme, Paris, L'Harmattan, 1999.

Psychanalyse et religion :
  • Dominique Bourdin et Jean-Louis Souletie, Dieu le Père..., Les Éditions de l’Atelier/Éditions Ouvrières, 1999.
  • Jean-Baptiste Lecuit, L’anthropologie théologique à la lumière de la psychanalyse. La contribution majeure d’Antoine Vergote, Paris, Le Cerf, 2007.
  • Sophie de Mijolla-Mellor, Le besoin de croire. Métapsychologie du fait religieux, Paris, Dunod, 2004.
  • Présentation de la pensée de Freud sur Psychanalyse et religion
  • Site sur Psychanalyse et théologie

Notes

  1. « La France est - avec l'Argentine- le pays le plus freudien du monde. Cette situation nous aveugle : à l'étranger, la psychanalyse est devenue marginale. » « Le livre noir de la psychanalyse » sous la direction de C Meyer, les arènes, 2005.
  2. Voir Le Moïse de Michel-Ange (Der Moses des Michelangelo).
  3. lettre du 7 nov. 1914 à Hermann Struck, noté par Jean-Luc Chalumeau, Lecture de l'art, Paris, 2002, p.87 (1re éd. 1981).
  4. Id. et Jacques Lacan, Le séminaire. Livre XI, Paris, 1973, p. 81.
  5. Par exemple on peut consulter le chapitre d'Anne D'Alleva, Histoire de l'art et psychanalyse, dans son manuel Méthodes & théories de l'histoire de l'art [trad. de Methods & theories of art history] (Paris, 2006, p. 88-108 (ISBN 2-35278-006-3)).
  6. Nouvelle interprétation de l'art
  7. Paul-Laurent Assoun: Freud, la philosophie et les philosophes, Quadrige 2005.
  8. Thierry de Saussure : L'inconscient, nos croyances et la foi chrétienne : Etudes psychanalytiques et bibliques, Ed.: Cerf, 2009, Coll.: Sciences humaines et religions, ISBN 2-204-09016-6